Un seuil dans l’année écossaise
Samhainn est le nom en gaélique écossais de la célébration saisonnière associée au début du mois de novembre. Les festivités commençaient traditionnellement la veille au soir. Dans la mémoire culturelle écossaise, elle marquait la fin des récoltes et le passage de la moitié lumineuse de l’année à sa moitié plus sombre. Historic Environment Scotland indique que l’on croyait alors que la frontière entre le monde des humains et l’Autre Monde devenait moins étanche, permettant aux ancêtres et aux fées d’errer. Cette croyance relève du folklore plutôt que d’une pratique religieuse moderne unique, mais elle aide à comprendre pourquoi la protection, l’hospitalité, les récits et les prédictions figurent dans les témoignages sur cette saison. 1
Il convient d’aborder Samhainn comme un ensemble de pratiques façonnées par le lieu, le foyer, la langue et l’époque, et non comme un règlement unique suivi par toutes les communautés d’Écosse. En gaélique écossais, Hallowe’en se dit Oidhche Shamhna, et an t-Samhain désigne le mois de novembre. La place prise ensuite par cette célébration dans le calendrier chrétien fait aussi partie de son histoire : Historic Environment Scotland indique que la Toussaint a été déplacée au 1er novembre au cours du VIIIe siècle, un changement qui a pu favoriser l’assimilation avec la fête saisonnière antérieure. 1
Pour célébrer aujourd’hui de façon significative, commencez par la saison elle-même. Remarquez ce qui a été récolté, entreposé ou rentré à l’intérieur. Préparez un repas chaud avec des ingrédients locaux. Nommez le passage vers des nuits plus longues sans en faire une mise en scène de la peur. Cela donne à l’occasion un rythme ancré dans le quotidien et laisse à chacun la possibilité de s’y reconnaître à travers l’héritage gaélique, les souvenirs familiaux, la foi ou une simple hospitalité automnale.
Le feu et une lumière à la fenêtre
Le feu était un élément marquant des coutumes écossaises de Samhainn consignées dans les sources. Le terme gaélique samhnagan désignait des feux de joie censés, dans le folklore, protéger contre les présences malveillantes. Historic Environment Scotland rapporte que, sur certaines îles, des foyers rivalisaient en allumant des feux, tandis que sur le continent, ceux-ci étaient souvent installés en des points bien en vue du paysage. Ces détails montrent à quel point la nuit pouvait être vécue en communauté, mais ils ne doivent pas inciter à allumer un feu n’importe où aujourd’hui. 1
Une adaptation responsable reste modeste : utilisez une bougie dans un bougeoir stable, une lanterne électrique ou une petite lampe près d’une fenêtre, en respectant les consignes de sécurité du foyer ou du lieu d’accueil. Que cette lumière évoque la chaleur, l’accueil et l’attention plutôt qu’une tentative de reproduire un rite. Si un feu extérieur fait partie d’un événement local organisé, suivez les consignes des organisateurs, les autorisations, les recommandations liées à la météo et les restrictions concernant les feux. L’essentiel est de prendre soin des personnes et du lieu.
Les lanternes en navet offrent une autre image saisissante de l’Écosse. Avant que les citrouilles sculptées ne deviennent familières, on évidait des navets, appelés tumshies ou neeps en scots, on leur donnait un visage et on les illuminait de l’intérieur. Certains récits associent ces lanternes au désir d’éloigner les esprits indésirables. Le National Trust for Scotland décrit la texture difficile du navet comme une caractéristique de cet ancien savoir-faire ; mieux vaut donc prendre son temps, confier les outils tranchants à un adulte et choisir une source lumineuse sûre. 1 2
Une lanterne n’a pas besoin d’être grotesque. Un motif simple, une feuille ou un visage paisible peut éclairer avec délicatesse le pas de la porte ou la table. Gardez la chair retirée pour en faire une soupe ou une purée de neeps : l’activité reste ainsi liée à la cuisine plutôt qu’au gaspillage.
Le guising, un échange entre voisins
Le guising est une coutume écossaise bien connue, associée à cette saison. Selon les explications consignées, les enfants se déguisaient afin de pouvoir circuler sans danger parmi les esprits errants. Ils rendaient visite aux voisins et obtenaient de la nourriture ou des friandises en proposant une plaisanterie, une chanson, une histoire ou une petite représentation. L’échange est important : il s’agissait d’apporter quelque chose sur le pas de la porte, et pas seulement d’y recevoir quelque chose. 1 2
Un foyer d’aujourd’hui peut préserver cet esprit de réciprocité. Proposez aux enfants de préparer une courte prestation, sans obligation d’y participer, et précisez que personne n’est tenu de se joindre à l’activité. Demandez d’abord l’accord des voisins, respectez les foyers tranquilles et prévoyez d’autres possibilités pour les personnes qui préfèrent ne pas ouvrir leur porte. Une chanson partagée, une salutation en gaélique si elle est familière aux personnes présentes, ou un récit de famille peut laisser un souvenir plus marquant qu’un costume à lui seul. Évitez de traiter les anciennes croyances ou les mots gaéliques comme de simples accessoires décoratifs ; expliquez leur contexte et employez-les avec discernement.
Les jeux et la nourriture faisaient aussi partie de la sociabilité de la soirée. L’apple dooking, qui consiste à attraper une pomme dans l’eau sans se servir des mains, reste un jeu d’Hallowe’en bien connu. Dans le folklore, on brûlait des noix pour deviner l’avenir d’une relation : une combustion calme était interprétée favorablement, tandis que les sifflements ou les crépitements annonçaient des difficultés. La cueillette du chou frisé était une autre forme de divination, évoquée dans le poème de Robert Burns Hallowe’en. 1 2
Ces coutumes sont plus respectueuses lorsqu’elles sont présentées comme des récits du passé plutôt que comme des promesses sur l’avenir de quiconque. Utilisez des bols propres, des pommes individuelles et des solutions accessibles pour remplacer les jeux dans l’eau. Laissez les invités se retirer des activités centrées sur la vie amoureuse. L’accueil doit dépasser le cadre du jeu.
Une place pour le souvenir
Samhainn peut aussi inviter à un geste de mémoire discret. Les archives de Canna House du National Trust for Scotland conservent des images et des films de festivités dans le South Uist. Le récit mentionne de la nourriture, des costumes confectionnés avec des matériaux de la ferme croft et une place laissée à table pour accueillir les âmes des proches décédés. Il s’agit d’un témoignage propre aux Hébrides, et non d’une preuve que tous les foyers écossais observaient la même coutume. 3
Cette distinction permet de s’inspirer d’une pratique sans prétendre se l’approprier. Au cours d’un repas de famille, prenez quelques minutes pour évoquer le nom, la photographie, la recette ou l’histoire d’une personne qui vous manque. Ne laissez une chaise vide que si cela réconforte les personnes présentes. Un petit bol de fuarag, mélange d’avoine grillée et de crème fouettée mentionné à propos de Samhainn, peut amorcer une conversation sur les anciennes traditions culinaires ; Historic Environment Scotland indique que des objets étaient parfois cachés dans le mélange pour prédire l’avenir. Choisissez des portions nature si la présence d’objets cachés risquait de créer un danger. 1
La réunion de Samhainn la plus respectueuse n’est pas la plus élaborée. C’est celle qui prête attention au tournant de la saison, fait une place aux voisins et accueille les récits transmis avec humilité. Qu’elle soit célébrée en gaélique, en scots, en anglais ou discrètement à la maison, cette occasion peut rester une tradition saisonnière écossaise vivante si l’on accorde autant d’importance à son ancrage local, au consentement, à la sécurité et aux souvenirs.






